Historique du problème

Quand et comment l’agrile du frêne est-il arrivé en Amérique du Nord? Voyons d’abord la chronologie de l’infestation. En 2001, à Détroit au Michigan, on s’est aperçu de manière évidente que quelque chose n’allait pas avec les frênes de la ville. Une mortalité importante, croissante, et quasi soudaine de plusieurs spécimens de frênes a commencé à attirer l’attention des spécialistes (Herms et coll. 2014). Le fait que les frênes étaient jusqu’à tout récemment en pleine santé contribua à ce qu’on se penche sur les causes de leur mortalité. Au départ, on crut que l’agent de mortalité était une maladie causée par un phytoplasme, le jaunissement du frêne. Rapidement la conclusion devint toutefois évidente : un petit insecte jusque-là inconnu en sol américain était en fait le véritable responsable… l’agrile du frêne!

Au printemps 2002, des spécimens de l’insecte ayant émergé des frênes morts ou sénescents furent ainsi récoltés et envoyés à travers toute l’Amérique du Nord et l’Europe pour identification. Quelques semaines plus tard, un entomologiste slovaque établit le verdict: la présence d’Agrilus planipennis venait d’être confirmée aux États-Unis. La même année, une équipe du ministère des Ressources naturelles de l’Ontario et de l’Agence d’inspection des aliments (ACIA) décela également sa présence dans la ville de Windsor au Canada. À ce moment-là, l’ampleur de la crise à venir était difficilement prévisible et l’on disposait de très peu d’information au sujet de ce nouvel envahisseur. Fait probant, aucun nom français et anglais de cet insecte n’existait dans la littérature scientifique! Un constat pouvait toutefois être fait hors de tout doute, les arbres infestés succombaient tous à l’attaque de l’insecte, qu’ils soient dépérissants ou en pleine santé avant l’infestation.

Dans le but de limiter ces premiers foyers d’infestation, différentes mesures ont été entreprises allant de la création de zones de quarantaine à la coupe massive d’arbres infectés et sains. Malgré tous les efforts visant à endiguer le problème, l’agrile du frêne (ADF) continua sa progression à une vitesse étonnante. De récentes études utilisant des méthodes de dendrochronologie ont montré que son arrivée en Amérique du Nord se serait produite une dizaine d’années avant que l’on ne remarque sa présence, soit au début des années 1990 (voir Siegert et coll. 2007 pour plus d’informations à ce sujet). Ainsi, l’explosion subite de la population d’agriles serait donc en grande partie un artéfact de la découverte tardive de l’insecte.

Quoi qu’il en soit, les frênes morts se chiffraient à environ 5-6 millions d’individus déjà en 2003, tant au centre qu’en périphérie la ville de Détroit. Dès 2003, la présence de l’agrile du frêne fût répertoriée dans l’état de l’Ohio. Une des voies de dispersion possibles a pu être le déplacement de bois ou de matériel vivant contaminés. L’Indiana et l’Illinois furent eux aussi contaminés avant même 2005.

La fulgurance du problème amena rapidement les scientifiques à penser que l’ADF avait le potentiel de devenir un problème à l’échelle continentale. Les comparaisons du potentiel destructeur de l’ADF avec celui de la maladie hollandaise de l’orme ou de la brûlure du châtaignier n’ont pas tardé à se faire. Certaines prédictions allaient même jusqu’à suggérer que ce ravageur forestier pourrait être le pire de toute l’histoire récente de l’Amérique du Nord.

Un peu plus d’une vingtaine d’années après son introduction et d’une décennie après sa détection, l’agrile du frêne se trouve maintenant dans plus de 22 états américains et deux provinces canadiennes (Québec et Ontario). À une échelle plus large, l’ADF a aussi été observé en 2007 dans la région de Moscow en Russie hors de son aire de distribution naturelle. La propagation de l’ADF à travers l’Europe, si elle se confirme au fil du temps, a le potentiel d’avoir des conséquences désastreuses pour les espèces de frênes européennes (Baranchikov et al. 2008).

À l’heure actuelle, on estime que 100 millions de frênes provenant de plusieurs espèces différentes auraient été décimés. Du moins, cela est le cas au moment d’écrire ces lignes, car la situation change littéralement à la vitesse grand V!

Quant à son introduction, on croit que l’insecte a voyagé avec des marchandises ou du bois d’emballage des navires marchands internationaux.

Au Québec

La ville de Carignan est la première où l’Agence canadienne d’inspection des aliments (l’ACIA) a confirmé, en 2008, la présence de l’ADF au Québec. Les villes de Gatineau et de Montréal ont suivi en 2011. Plusieurs autres villes et MRC, localisées près de Montréal ou de Gatineau, se sont ajoutées à la liste au cours de l’année 2012 et 2013. Veuillez consulter les liens suivants pour obtenir plus de détails concernant l’état de la situation pour le Québec :

Agence canadienne d’inspection des aliments – Situation actuelle relative à l’agrile du frêne 

CQEEE – Répertoire des villes/municipalités où l’agrile est présent, classifié par MRC

Plus de 200 000 frênes publics sont menacés par l’insecte d’ici une quinzaine d’années à la Ville de Montréal si aucune action n’est entreprise. Ce chiffre ne tient pas compte des frênes situés sur les terrains privés ou dans les grands parcs métropolitains.

Journal ADF 2008

© Journal de Montréal (2008)

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